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Zetros 6×6 : la France renouvelle sa flotte de camions logistiques militaires

Soldat en uniforme vérifiant un camion militaire beige tout-terrain garé devant un bâtiment industriel.
Dans cet article
  1. Pourquoi les camions sont devenus essentiels à Paris
  2. Une saga politique et budgétaire
  3. Le Zetros 6×6 remporte une bataille à 2 milliards d’euros
  4. Comment et où seront fabriqués les nouveaux camions
  5. Ce qui rend le Zetros 6×6 adapté à sa mission
  6. Pourquoi les camions logistiques influencent la puissance de combat
  7. Ce qui pourrait se passer sur un futur champ de bataille

Après des années d’avertissements sur le vieillissement de ses véhicules de ravitaillement, la France vient de franchir discrètement une étape décisive dans la modernisation de la logistique de son armée.

Cette décision intervient au terme de longs débats internes, de choix de planification retardés et d’une vive concurrence industrielle. Elle rappelle que la logistique, aussi peu spectaculaire soit-elle, peut déterminer le succès ou l’échec des opérations militaires modernes.

Pourquoi les camions sont devenus essentiels à Paris

Depuis des années, les généraux français tirent la sonnette d’alarme : la colonne vertébrale de l’armée ne repose pas sur les chars Leclerc ou les canons Caesar, mais sur les discrets camions verts qui transportent le carburant, les munitions et les pièces de rechange.

Une grande partie de ces véhicules sont des GBC180 vieillissants. Après des déploiements au Sahel et en Europe de l’Est, ainsi que des exercices répétés de haute intensité en France, certains ont largement dépassé leur durée de service prévue. Leur remplacement avait d’abord été exclu de la loi de programmation militaire 2019-2025, avant d’y être réintégré en urgence sous la pression de l’armée et du Parlement.

Sans camions-citernes, véhicules de transport de fret et dépanneuses, les unités blindées ne peuvent tout simplement pas combattre plus de quelques heures.

Les parlementaires français ont finalement approuvé un vaste plan : acquérir d’ici à 2030 jusqu’à 7 000 nouveaux « porteurs » logistiques de la catégorie des 4 à 6 tonnes, dans le cadre du programme baptisé « Successeur poids lourds, armée de Terre ».

Une saga politique et budgétaire

L’affaire ne s’est pas arrêtée là. Lors de la préparation de la loi de programmation militaire suivante, pour 2024-2030, la mention du remplacement des GBC180 a de nouveau disparu. Le Sénat est alors intervenu en adoptant un amendement précisant explicitement que 2 086 nouveaux camions logistiques terrestres seraient livrés à l’armée d’ici à 2030.

La Direction générale de l’armement (DGA), chargée des acquisitions, a ainsi dû agir. En juillet 2024, elle a lancé un important appel d’offres portant sur jusqu’à 7 000 camions logistiques, les prestations de soutien et la gestion technique à long terme de la flotte.

Le besoin concernait plusieurs versions, protégées ou non, d’un camion tout-terrain offrant une charge utile de 6 tonnes. Il prévoyait aussi tout un ensemble d’outils, de pièces de rechange, de manuels et de formations.

Le Zetros 6×6 remporte une bataille à 2 milliards d’euros

En coulisses, les industriels se sont livré une concurrence acharnée pour ce contrat. D’un côté figurait une équipe associant Arquus, acteur majeur français du véhicule militaire, et Daimler Trucks. De l’autre se trouvaient des poids lourds du secteur comme Scania, MAN et Soframe, ce dernier étant associé à Iveco.

Dès la fin de 2024, la presse économique française annonçait que l’offre Arquus-Daimler, fondée sur le Mercedes Zetros 6×6, l’avait emporté. Les entreprises concurrentes auraient été furieuses, tandis que Paris gardait le silence dans l’attente d’éventuels recours juridiques.

Ces recours n’ont pas arrêté le programme. En janvier 2025, un organisme de la logistique des armées françaises, le Centre du soutien des opérations et des acheminements (CSOA), a révélé sans mise en avant particulière sur LinkedIn qu’une première commande avait été passée auprès du groupement Arquus-Daimler.

L’armée de Terre prévoit une flotte pouvant atteindre 7 000 camions logistiques, dont une première tranche d’un peu plus de 2 000 véhicules attendue d’ici à 2030.

D’après les informations du quotidien français Les Échos, le marché représente environ 2 milliards d’euros. Il porte sur quelque 7 000 camions, avec une option pour 3 000 véhicules supplémentaires à terme. Les livraisons devraient s’étaler sur sept ans, au rythme approximatif de 1 000 camions par an, en remplacement des véhicules existants de 4 à 6 tonnes.

À quoi ressemblent les premières commandes

Le CSOA a également fourni un rare aperçu du calendrier initial. Il a indiqué que les commandes de la « flotte logistique tactique » de l’armée en 2025 comprenaient :

  • 165 camions-citernes de carburant de nouvelle génération, dont les livraisons commenceront en 2027 ;
  • 1 100 porteurs logistiques de six tonnes, livrables à partir de 2028.

Ces chiffres s’inscrivent dans le programme plus vaste fondé sur le Zetros. Ils montrent comment la France échelonne le renouvellement afin de maintenir le ravitaillement des unités pendant la transition.

Comment et où seront fabriqués les nouveaux camions

Le projet industriel a joué un rôle central dans la décision de la DGA. Les responsables français recherchaient non seulement des véhicules performants, mais aussi des chaînes de production sécurisées et un soutien assuré sur le territoire national pendant des décennies.

Selon Les Échos, les châssis du Zetros 6×6 seront produits en Allemagne et en France, puis adaptés et soutenus par Arquus sur le sol français :

Étape Lieu Rôle
Production du camion de base Wörth am Rhein, Allemagne Fabrication des véhicules Zetros 6×6
Production complémentaire Molsheim, Alsace, France Assemblage et adaptation aux besoins français
Militarisation Limoges, Garchizy et Saint-Nazaire, France Installation de kits de protection, de systèmes militaires et d’équipements propres à l’armée
Soutien à long terme Sites d’Arquus en France Maintenance, pièces de rechange et gestion de la flotte

Cette répartition permet à la France de bénéficier des volumes de production des camions commerciaux de Daimler tout en ancrant une grande partie des travaux militaires à plus forte valeur ajoutée dans des usines françaises. Il s’agit d’un équilibre politiquement sensible.

Ce qui rend le Zetros 6×6 adapté à sa mission

Le Zetros est déjà reconnu dans le monde entier comme une plateforme tout-terrain robuste. Dans sa version française, commercialisée sous le nom « Zetros d’Arquus », il est adapté à des conditions opérationnelles difficiles et à des missions variées.

La cabine avant accueille deux membres d’équipage et peut recevoir une protection renforcée selon le niveau de menace. La plateforme est conçue pour offrir une charge utile supérieure à 6 tonnes, y compris lorsqu’elle est équipée de kits de blindage, de carrosseries spécialisées ou de différents types de cabines.

La promesse essentielle : conserver une charge utile complète de 6 tonnes même après l’ajout d’un blindage ou d’équipements de mission.

La France prévoit plusieurs versions du véhicule. Si leurs caractéristiques se précisent encore, les variantes habituelles pour une flotte de ce type comprennent :

  • des porteurs à plateau pour les palettes, les conteneurs et le ravitaillement général ;
  • des camions-citernes de carburant pour ravitailler les unités combattantes au plus près ;
  • des camions-citernes d’eau destinés aux troupes et aux bases de campagne ;
  • des camions-ateliers et de maintenance pour effectuer des réparations à proximité de la ligne de front ;
  • des versions de dépannage et de remorquage pour prendre en charge les véhicules en panne.

Pourquoi les camions logistiques influencent la puissance de combat

Pour un lecteur britannique ou américain, la décision française peut sembler technique, voire ennuyeuse. Pourtant, dans une guerre moderne de haute intensité, le carburant et les pièces de rechange comptent au moins autant que les missiles et les drones dans l’issue des combats.

La guerre en Ukraine l’a clairement démontré. Sans approvisionnement constant par camion, les batteries d’artillerie finissent à court de munitions. Les brigades blindées, elles, cessent d’avancer si leurs pneus, moteurs et chenilles ne peuvent pas être réparés ou remplacés assez rapidement.

La France ambitionne de déployer une force terrestre « scorpionisée », dotée de nombreux capteurs numériques et de véhicules connectés en réseau. Mais cette ambition suppose des lignes de ravitaillement aussi résistantes et modernes que les plateformes de première ligne.

Les nouveaux camions apportent plusieurs avantages :

  • Disponibilité : moins de pannes et des cycles de maintenance plus prévisibles permettent aux unités de rester mobiles.
  • Protection : les cabines blindées et une meilleure ergonomie renforcent les chances de survie des conducteurs sur les axes de ravitaillement exposés.
  • Standardisation : une flotte commune simplifie la formation et la gestion des pièces de rechange dans l’ensemble de l’armée.
  • Interopérabilité : les camions modernes s’intègrent plus facilement aux normes de l’OTAN relatives aux systèmes de chargement et aux communications.

Ce que signifient vraiment « protégé » et « non protégé »

Dans le vocabulaire de la défense, un camion logistique « protégé » possède généralement une cabine blindée, parfois un plancher résistant aux mines et, dans certains cas, des supports d’armement. Il est destiné aux itinéraires contestés, où les embuscades, les bombes placées au bord des routes et les éclats d’artillerie constituent des menaces réelles.

Un camion « non protégé » privilégie la charge utile et l’efficacité. Plus léger, moins coûteux et plus facile à entretenir, il opère généralement dans des zones arrière plus sûres. Le programme français associe les deux catégories afin que les commandants puissent arbitrer entre coût, protection et mobilité selon chaque mission.

Ce qui pourrait se passer sur un futur champ de bataille

Imaginons une brigade française déployée en Europe de l’Est sous commandement de l’OTAN. Ses unités de chars et ses véhicules de combat d’infanterie progressent au sein d’une force multinationale. Chaque jour, ils consomment des milliers de litres de carburant et des tonnes de munitions.

De nouveaux convois logistiques fondés sur le Zetros feraient la navette entre les terminaux ferroviaires ou les zones portuaires et les points de ravitaillement avancés. Les versions protégées prendraient en charge le dernier tronçon exposé, où les drones, l’artillerie et les munitions rôdeuses menacent les routes. Les versions moins protégées circuleraient plus loin à l’arrière, afin de maximiser le tonnage transporté chaque jour.

Si un camion heurtait une mine ou tombait en panne, les versions de dépannage pourraient le remorquer rapidement, tandis que des véhicules de remplacement maintiendraient les flux. Des plateformes standardisées et des pièces communes réduisent la durée d’immobilisation d’un camion endommagé.

Risques et questions en suspens

Le programme reste exposé à des risques. Un recours juridique de la part de candidats évincés pourrait ralentir les commandes ultérieures. Des goulets d’étranglement industriels, notamment en cas de forte hausse de la demande de camions civils, pourraient également perturber le calendrier des livraisons.

La manière dont l’armée de Terre intégrera ces véhicules à ses nouveaux systèmes numériques de logistique reste aussi à déterminer. Sans logiciels fiables de suivi et de planification, même une flotte moderne peut être utilisée de façon inefficace.

Le choix stratégique fondamental est néanmoins arrêté. Pour une fois, la logistique, habituellement reléguée dans un coin discret de la politique de défense, bénéficie d’un investissement important et durable, avec des milliers de nouveaux camions engagés et un plan industriel associant la puissance de fabrication allemande au savoir-faire militaire français.

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Julien Martel

Julien Martel est spécialiste du contrôle technique automobile et de la réglementation routière en Dordogne. Installé près de Bergerac, il accompagne les automobilistes dans la compréhension des points de contrôle, de la contre-visite et de l’entretien préventif des véhicules. Il s’intéresse particulièrement à la sécurité routière, aux émissions polluantes et aux évolutions des normes applicables au contrôle technique.

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