« Le sport automobile, c’est sexy. Les gens veulent en faire partie », affirme Cyril Abiteboul, directeur de l’équipe Genesis Magma. L’ancien patron de Renault F1 parle en connaissance de cause : il est sorti de la série à succès de Netflix Formula 1 : Pilotes de leur destin en conservant au moins une partie de sa dignité.
Genesis Magma se lance dans l’endurance
Cyril Abiteboul pilote désormais l’offensive de Genesis en endurance. La marque voit-elle trop grand ? N’aviez-vous pas la même impression à propos de Hyundai et de Kia il y a quelques années ? La première voiture de route Magma doit être lancée en 2025. Et puisque l’équipe qui la développe est aussi celle de la branche N de Hyundai, mieux vaut attendre avant d’en rire. À la même époque l’an prochain, vous pourriez bien avoir envie d’une Genesis.
À ce sujet, le calendrier électrique de Genesis semble étrangement prendre du retard. Interrogé sur la poursuite du développement des moteurs thermiques et sur l’objectif de proposer six véhicules électriques à la vente d’ici 2030, le directeur général Mike Song a répondu : « Ce n’est pas nous qui décidons. C’est le client qui décidera. »
Magma est à Genesis ce qu’AMG est à Mercedes. À terme, le projet ne se limiterait pas à des versions haut de gamme : il comprendrait probablement aussi une ligne stylistique Magma et des options. Reste à voir avec quelle insistance la marque cherchera à les associer à la compétition. Je ne crois pas entièrement Luc Donckerwolke, responsable de la création, lorsqu’il affirme : « Nous ne courrons pas si nous n’avons pas de produits qui tirent des enseignements de ce que nous faisons en sport automobile. » Il s’agit avant tout d’une opération d’image et de visibilité.
Les choix de conception de la Genesis Magma de course
Pour l’heure, la question est de savoir si les voitures de route risquent de pénaliser activement les voitures de course. Une remarque lancée sur scène lors de la présentation de l’équipe en dit peut-être plus que prévu : Donckerwolke a assuré au pilote principal André Lotterer qu’il n’avait pas à s’inquiéter des phares. De toute évidence, ce dernier avait déjà exprimé des doutes sur la capacité de la signature lumineuse à double bande à éclairer suffisamment la piste.
Le lendemain, Donckerwolke a insisté : « André n’aura pas à s’inquiéter. Il n’aura pas besoin d’une vision infrarouge. » Au lieu d’employer les mêmes feux à LED que les concurrents, a-t-il expliqué, « nous pourrions faire appel à notre fournisseur SL, qui fournit les composants matriciels à LED les plus fins et les plus puissants ».
Un autre point pourrait davantage préoccuper l’équipe : Donckerwolke tient à ce que la conception de la voiture ne relève pas nécessairement des seuls aérodynamiciens. « On pourrait dire que la BoP [balance de performance, qui garantit des courses serrées] vous sauvera si le dessin n’est pas aérodynamique. Mais je veux quand même qu’il soit avant tout aérodynamique. »
Un V8 issu du rallye pour la GMR-001
Le projet s’est monté très rapidement, sous l’impulsion d’Abiteboul et de Donckerwolke, immense passionné des 24 Heures du Mans malgré son parcours dans le design. Abiteboul reconnaît que la principale raison du programme LMP2 prévu l’an prochain est « de construire une équipe. Il s’agit de la consolider, de créer une dynamique ». Il évoque également un « programme Trajectory », destiné à faire émerger une nouvelle génération de talents, pilotes mais aussi ingénieurs et designers, ainsi que de possibles passerelles entre disciplines.
« Nous savons que le sport automobile est assez fragmenté, dit-il. Il y a les gens du rallye, ceux de l’endurance, ceux de la Formule 1, mais ils ne se parlent pas. Je vois que, dans certains secteurs de l’équipe, les spécialistes du rallye peuvent collaborer et apporter quelque chose d’assez unique. »
Il fait bien sûr référence au programme WRC de Hyundai, engagé depuis longtemps. C’est peut-être la nouvelle la plus enthousiasmante : il jouera un rôle majeur dans la mécanique de la GMR-001. Deux moteurs T-GDI à quatre cylindres en ligne de 1,6 litre de la voiture de rallye seront réunis autour d’un vilebrequin commun pour former le V8 de la voiture d’endurance. « Seule la partie basse du moteur doit être redessinée. Ce n’est pas si compliqué, explique Abiteboul. La partie haute contient en fait davantage de pièces mobiles, et la plupart peuvent être reprises. Le moteur WRC est très bon en matière de rendement énergétique, et excellent sur le plan technologique comme sur celui des matériaux. »
Le nouveau moteur doit passer au banc d’essai dans deux mois seulement. L’équipe espère faire rouler un prototype dès la fin du printemps, avant de commencer les véritables essais à la fin de l’été. Les délais sont forcément serrés, les dates limites d’homologation étant immuables.
Enfin, la nomination de Jacky Ickx comme ambassadeur de la marque, jusque-là énigmatique, semble avoir sa logique. Selon Donckerwolke, le rôle du sextuple vainqueur du Mans sera autant d’inspirer l’équipe en interne que de servir de figure de proue à l’extérieur.
« Gagner Le Mans, c’est comme gravir le Kilimandjaro : cela transforme une vie. Gagner Le Mans transformera cette entreprise. Soyons honnêtes, tout le monde rêve de gagner Le Mans. »






Commentaires
Aucun commentaire pour le moment. Soyez le premier!
Laisser un commentaire