« Si des elfes nous enlèvent, l’assurance de la BBC ne couvrira probablement pas ça. »
Le photographe Mark mâche lentement une bouchée de poisson enrobé de wasabi et fait la grimace. À cause de ma soudaine déclaration ou de ce qu’il mange ? Impossible à dire.
« Imagine les primes pour une garantie contre les enlèvements mythologiques », répond-il, comme s’il se représentait un expert en sinistres spécialisé dans les contes. « Mais je ne pense pas que ce soit un problème. »
Photos : Mark Riccioni
Il n’a pas tort. Enfin, peut-être que si. Rien n’est très clair. Nous avons déjà échoué à trouver un coffre d’or mythique dissimulé au pied de la cascade de Gullfoss, à débusquer l’ogresse légendaire qui pêche la truite à Háifoss et à repérer les Huldufólk, le peuple caché - ce qui prouve simplement qu’ils savent très bien se cacher. Quant à nos provisions, elles frôlent l’atteinte aux droits humains : pour une raison inconnue, il s’agit surtout de poisson ou de réglisse. Il est presque 2 heures du matin, nous n’avons pas dormi depuis 20 heures et le soleil brille toujours. Nous délirons légèrement, mais c’est dans l’ordre des choses : nous sommes en Islande à l’équinoxe et nous chassons les trolls.
Ce n’est donc pas un mercredi ordinaire. Mais lorsqu’on vient en Islande en plein soleil de minuit, autant se laisser porter par les étrangetés locales. Et comme ce pays est naturellement spectaculaire, cela signifie folklore et monstres, légendes et mythes : tous ceux qui me connaissent vous diront que j’en suis obsédé. Généralement, plus un endroit est sauvage, plus ses histoires sont profondes ou horrifiantes. Et sur l’échelle du sauvage, l’Islande mérite une médaille olympique.
Le Ford Ranger Wildtrak hybride rechargeable à l’épreuve de l’Islande
C’est aussi l’occasion d’essayer le nouveau Ford Ranger Wildtrak hybride rechargeable en lui faisant subir des choses franchement stupides. D’abord parce que ce pick-up est très raisonnable et que le contraste nourrit les bonnes histoires. Ensuite parce qu’il nous faut être à peu près autonomes avec tout notre matériel photo et électronique, pouvoir emprunter des pistes sans rester définitivement embourbés et disposer d’un confort suffisant pour parcourir 2 010 km de folklore en deux jours.
Rappelons les caractéristiques du Ranger hybride rechargeable : un quatre cylindres essence EcoBoost de 2,3 litres est épaulé par un moteur électrique de 75 kW, soit environ 102 ch, alimenté par une batterie de 11,8 kWh. Le tout passe par la boîte automatique Ford à 10 rapports, globalement excellente. Sur le papier, cela semble faire quatre vitesses de trop ; en réalité, non. Comme souvent, l’hybridation contribue à la fois aux économies et aux performances : on dispose d’environ 284 ch et de 698 Nm de couple au maximum, ainsi que de quelque 42 km en électrique après quatre heures de recharge sur une prise ordinaire. Ce qui conduit au chiffre officiel de 3,1 l/100 km, légèrement trompeur tout de même.
Il offre en outre une charge utile d’une tonne, une transmission intégrale électrique solide aux modes faciles à sélectionner, et le système Pro Power Onboard. Celui-ci peut fournir directement jusqu’à 6,9 kW depuis la batterie de traction pour alimenter des outils, du matériel de camping ou, en l’occurrence, une multitude d’appareils photo et de batteries de drones. C’est le véhicule idéal pour sillonner les coins reculés d’Islande à la recherche de curiosités. Encore que le Wildtrak choisi aurait pu adopter une couleur plus discrète que l’orange pour approcher les fées sans se faire remarquer.
Nous avons atterri à Reykjavík en milieu de journée avant de prendre aussitôt la route 1, la route circulaire islandaise, vers l’ouest. Comme indiqué, nous avons découvert deux cascades qui n’avaient d’autre défaut que d’être époustouflantes, mais aucune trace du trésor ni de l’ogresse, réputée peu accueillante envers les visiteurs qui ne respectent pas les règles de la maison. Petite halte ensuite devant les falaises de Reynisdrangar, près de Vík : ce sont évidemment les corps de trolls géants que la lumière du soleil a pétrifiés alors qu’ils tentaient de tirer un bateau sur la plage de sable noir. Mark, lui, semble surtout sceptique. Quel mécréant.
Le paysage est impressionnant, certes, mais ne constitue pas une preuve irréfutable de l’existence des créatures mythologiques. Il va falloir redoubler d’efforts. Les êtres du folklore ne vont pas surgir pour nous saluer devant tous les autres touristes, et une aventure épique exige généralement des épreuves et des dangers. Au grand désespoir de Mark, je décrète que l’épreuve sera le manque de sommeil et que les dangers prendront la forme de nos provisions et des longues heures passées à mes côtés au volant.
Sur les pistes islandaises, à la recherche des trolls
Nous enclenchons bientôt les quatre roues motrices pour gagner l’intérieur du pays. Il s’agit toutefois de routes très accidentées et pierreuses, entrecoupées de gués peu profonds, pas du bouchon du Darién. Notre mission ? Chercher les monticules des Huldufólk, des traces de trolls et tout ce qui pourrait faire peur. Le Wildtrak donne d’ailleurs une impression assez différente des autres Ranger. On peut conserver la batterie pour plus tard, afin d’alimenter du matériel de camping ou des outils, ou l’utiliser pour progresser sans à-coups en tout-terrain : le moteur électrique est installé dans la cloche de la boîte à 10 rapports.
Un embrayage électrique module l’assistance en fonction du travail du moteur thermique, optimise le couple et permet d’avancer avec beaucoup de régularité et de sérénité hors route. Pratique pour grimper au pas jusqu’au pied d’un glacier, ou pour dériver accidentellement de quelques mètres dans une rivière « peu profonde » qui ne l’était pas, en essayant de traverser un estuaire où les cours d’eau rejoignent l’océan par un réseau de bras. J’avais déjà visité cet exutoire glaciaire il y a environ 16 ans.
À l’époque, il était à peu près deux fois plus grand et essentiellement blanc. Aujourd’hui, il a beaucoup reculé et noirci comme le poumon d’un fumeur. C’est probablement lié à la saison, mais son déclin me rend mélancolique. Ou alors ce sont les bouchées de poisson, je ne sais pas. Nous avons néanmoins poursuivi notre route en utilisant la gamme courte et le blocage du différentiel arrière du Ranger, sans en avoir vraiment besoin. La plupart du temps, nous avons simplement sélectionné le mode « Glissant » avec les quatre roues motrices en gamme longue avant de continuer. Il existe aussi des réglages Normal, Sport, Remorquage/charge, Boue/ornières et Sable, mais nous n’avions pas besoin d’aller aussi loin dans la spécialisation ou les difficultés. Le système de réduction active du bruit rend par ailleurs l’habitacle silencieux, même si le moteur essence sonne très industriel lorsqu’on se tient dehors.
Il se trouve que les cascades font, elles aussi, un peu de bruit. Une fois l’une de celles que nous cherchions repérée, nous avons donc mené tranquillement le Ranger aussi loin que possible - ce qui nous a conduits assez loin - puis poursuivi à pied. À un moment, nous nous faufilons dans les interstices d’une paroi derrière la chute pour mieux observer une formation rocheuse qui ressemble étrangement au visage déformé d’un troll hurlant. Et nous découvrons… des traces.
« Je ne m’attendais pas à l’apprécier autant, et il est réellement impressionnant. »
Trouver des empreintes dans une grotte n’a rien d’extraordinaire. Mais lorsqu’il s’agit manifestement de grosses traces de sabots fendus, dans une cavité inaccessible, et qu’elles vont dans un seul sens jusqu’à une rivière souterraine, on commence à se poser des questions. Et oui, une légende existe aussi à ce sujet : le Nykur est un esprit cheval qui aime inciter les gens à le monter avant de les noyer dans l’étendue d’eau la plus proche. Puis de les manger. Je raconte l’histoire à Mark et, même si aucun de nous deux n’a absolument eu peur, nous sommes peut-être sortis de cette grotte sombre et mystérieuse un peu plus vite que nous y étions entrés. Nous reprenons la route dans cette nuit qui n’en est pas une. Aucune aurore boréale à observer à cette période, mais nous savons désormais - au cas où vous l’ignoriez - qu’elle résulte en réalité du balayage de la neige par la queue d’un renard arctique cosmique.
Nous finissons par trouver un hôtel, dont je ne garde guère de souvenir, si ce n’est ses formidables stores occultants. Nous en profitons pendant quatre petites heures avant de repartir sur la piste d’une existence dont nous sommes absolument certains : le ver de Lagarfljót, la version islandaise du monstre du Loch Ness. Seul problème, il se trouve à 563 km à l’est, d’où notre départ matinal. L’avalanche de mythes, le manque de sommeil et la beauté incessante de l’Islande nous ont tous deux un peu essoufflés. Les montagnes n’ont rien de pittoresque ni de rassurant. Ici, pas de paysage de chalet en rondins et de chocolat chaud : ce sont les dents du monde qui claquent contre le ciel. Le temps et la vapeur géothermique jaillissent de la gorge du monde comme une mauvaise haleine. C’est d’une beauté constante, mais sans concession pour le regard.
La Terre devait ressembler à cela au premier souffle de la création : brute, fissurée et hérissée d’arêtes vives. Nous faisons une pause et contemplons distraitement la mer en essayant d’apercevoir Hafgufa, le serpent marin. Nous ne voyons pourtant que des oiseaux de tempête et des échassiers aux longues pattes dans les marais. Et une grande chaise rouge boulonnée à un rocher. Apparemment, aucune mythologie ne l’accompagne : c’est juste une chaise rouge posée là. Cela dit, une clôture est aussi garnie uniquement de soutiens-gorge, sans raison perceptible. Les Islandais peuvent être étranges.
Le Ranger hybride rechargeable sur la route de Lagarfljót
C’est sur la route que l’hybride rechargeable devient encore plus convaincant. C’est même un très bon véhicule routier. Nous l’avons peu branché, mais le sélecteur de mode électrique nous a permis de recharger la batterie en roulant, afin de disposer de cette énergie plus tard à l’arrêt. Batterie vide, nous avons consommé entre 8,1 et 9,4 l/100 km. Ce n’est pas enthousiasmant, sans être catastrophique, et des recharges suffisamment fréquentes permettraient de faire nettement baisser ce chiffre. La direction est agréable, l’amortissement excellent et le comportement, sans atteindre tout à fait le raffinement d’un SUV haut de gamme, n’en est pas très éloigné.
Cela tient en partie aux suspensions revues et peut-être aussi à la batterie installée entre les longerons de châssis remaniés. Les pick-up se comportent toujours mieux avec du poids autour de l’essieu arrière, et l’hybride rechargeable l’emporte de série. Quoi qu’il en soit, c’est le Ranger le plus confortable et le plus agréable au quotidien que j’aie essayé, et les kilomètres ne défilent pas aussi péniblement qu’on aurait pu le craindre. À ce stade, nous avons renoncé à distinguer l’heure réelle de celle que nous croyions ressentir. Quand il fait toujours « jour », cela ne semble plus avoir d’importance.
Des heures et de nombreuses histoires plus tard, Lagarfljót se révèle être un lac immense, bordé d’une route de gravier praticable. Mais après cinq heures de recherche, rien : juste une vague ondulation qui aurait pu être celle du dragon, ou d’une carpe curieuse. Nous découvrons tout de même deux « maisons d’elfes », de petites constructions semblables à des maisons de poupée qu’il est d’usage de bâtir en Islande pour reloger les fées du coin lorsque ses propres travaux les dérangent. Je ne peux retenir un profond soupir de défaite. Il nous reste 10 heures de route pour rentrer et les choses les plus folkloriques que nous ayons vues sont des empreintes de sabots mouillées. Mais face au lac, cela n’a plus d’importance. L’Islande est une récompense en soi.
Sur le chemin du retour, nous passons près des eaux curatives du Snæfellsjökull et de lieux évoquant Dimmuborgir, qui abritaient très probablement les âmes des facétieux Yule Lads - sérieusement, ce sont de petits lutins de Noël turbulents. Nous longeons aussi les demeures d’esprits de la terre et de dieux marins, de titans et d’elfes noirs. Il devient évident que l’Islande est imprégnée de mythes parce qu’ils fermentent dans le paysage. Quand tout est aussi invraisemblable, les histoires poussent comme des champignons. Et les champignons aussi, apparemment, ce qui alimente probablement les histoires. Aussi étrange que cela puisse paraître, le Ranger hybride rechargeable est exactement le véhicule qu’il fallait.
Les pick-up à double cabine coûtent cher et, au Royaume-Uni, ne peuvent désormais plus être déclarés comme des véhicules utilitaires, contrairement aux modèles à simple cabine qui restent imposés comme tels. Il faut donc vraiment qu’ils servent à travailler ou qu’ils soient économes. Probablement un peu des deux. Un pick-up doit aussi être bon dans de nombreux domaines : sur route comme en tout-terrain, pratique, confortable et robuste. Le Ranger hybride rechargeable coche toutes ces cases. Je dirais même que c’est le plus séduisant des Ranger, à l’exception du Raptor. Je ne m’attendais pas à l’apprécier autant, et il est réellement impressionnant, ce qui constitue déjà une performance en soi.
Et même si nous n’avons trouvé aucune preuve complète de l’existence de créatures issues des mondes souterrains, une chose est certaine : on peut ne pas voir d’elfes en Islande sans que le pays cesse pour autant d’être profondément magique.






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