En Australie, les véhicules particuliers émettent 50 % de dioxyde de carbone (CO₂) de plus que la moyenne des grands marchés mondiaux. Sur la route, la situation est même plus préoccupante que ne le laissent penser les chiffres officiels.
C’est la conclusion d’une nouvelle étude comparant les émissions de CO₂ des voitures, des SUV et des véhicules utilitaires légers australiens à celles de leurs équivalents à l’étranger.
Cette comparaison laisse penser que le transport routier australien risque de rester très loin de l’objectif de zéro émission nette fixé pour 2050 à l’échelle de l’économie. Pour l’atteindre, il faudra renforcer les mesures de réduction des émissions des véhicules et les accompagner d’un ensemble d’autres politiques.
Ce mois-ci, le gouvernement australien a présenté plusieurs options pour une nouvelle norme d’efficacité énergétique des véhicules (NVES), à ne pas confondre avec la stratégie nationale pour les véhicules électriques (NEVS). Chacune fixerait une limite nationale d’émissions de CO₂, en grammes par kilomètre parcouru, calculée en moyenne sur l’ensemble des voitures neuves vendues.
À l’échelle internationale, les normes obligatoires d’émissions de CO₂ ou d’efficacité énergétique sont reconnues comme un levier fondamental pour réduire les émissions du transport.
Afin d’éclairer davantage l’élaboration d’une norme australienne et d’y contribuer, l’organisme australien de recherche sur l’énergie et les émissions dans les transports (TER) et le Conseil international pour des transports propres (ICCT) ont collaboré à une note d’analyse récemment publiée.
Cette analyse indépendante souligne l’urgence pour l’Australie d’adopter une norme d’efficacité énergétique obligatoire, rigoureuse et bien conçue. Une telle norme, associée à d’autres mesures, est indispensable pour suivre les progrès technologiques et la décarbonation observés dans les autres pays développés.
Pourquoi l’Australie a-t-elle pris autant de retard ?
Les normes d’efficacité énergétique et les normes d’émissions poursuivent des objectifs sensiblement identiques : diminuer la consommation de carburant et les émissions de gaz à effet de serre. Elles permettent aussi de réduire les dépenses de carburant des consommateurs et de renforcer la sécurité énergétique.
Au fil du temps, environ 85 % du marché mondial des véhicules légers a adopté de telles normes, parfois depuis plusieurs décennies. Les États-Unis, l’Union européenne, le Canada, le Royaume-Uni, le Japon, la Chine, la Corée du Sud, le Brésil, le Mexique, la Nouvelle-Zélande, le Chili et l’Inde en disposent tous. Parmi les pays développés, l’Australie et la Russie font figure d’exceptions.
En Australie, l’instauration de normes obligatoires pour les véhicules particuliers et les utilitaires légers fait débat depuis longtemps. Depuis 2008, le gouvernement fédéral a publié six documents de consultation publique sans parvenir à mettre en place de normes contraignantes. La situation est sur le point de changer.
Le pays applique des normes volontaires depuis 1978. En l’absence de mécanisme contraignant, ces objectifs n’ont pas toujours été atteints. Ils ont été critiqués pour leur manque d’ambition et leur faible efficacité à réduire les émissions en conditions réelles.
La proposition actuelle du gouvernement semble plus ambitieuse. Elle pourrait viser un alignement sur les objectifs américains en 2027, tout en restant en deçà des mesures européennes. Il faudra toutefois attendre de mieux connaître sa conception et ses modalités pour déterminer si la norme australienne permettra de réduire réellement les émissions et d’atteindre zéro émission nette en 2050.
Comment l’Australie se situe-t-elle selon les chiffres officiels ?
La nouvelle étude a comparé les émissions de CO₂ officiellement déclarées pour les véhicules particuliers et les utilitaires légers en Australie, en Chine, dans l’Union européenne, au Japon et aux États-Unis. Nous avons constaté qu’en 2021, les émissions des véhicules particuliers australiens dépassaient de 53 % la moyenne de ces grands marchés.
Sans mesures efficaces, cet écart devrait continuer de se creuser dans les années à venir. Les autres marchés accélèrent en effet l’adoption de normes favorisant la transition vers un parc de véhicules à faibles émissions ou sans émissions.
Comment l’Australie se situe-t-elle en conditions réelles ?
Les chiffres officiels australiens reposent sur un protocole d’essai appelé nouveau cycle européen de conduite (NEDC), élaboré au début des années 1970.
Son principal défaut tient à l’écart, en hausse constante, entre les résultats des essais NEDC et les émissions réelles sur route. Ces dernières étaient estimées à environ 10 % de plus en 2007 ; en 2021, l’écart dépassait 45 %.
L’Union européenne n’utilise d’ailleurs plus ce protocole dépassé. Elle l’a remplacé par une procédure d’essai plus réaliste : la procédure d’essai mondiale harmonisée pour les véhicules légers (WLTP).
Pour établir une comparaison plus précise, la note d’analyse s’est appuyée sur des recherches antérieures consacrées aux émissions réelles en Australie et à l’étranger. Les chiffres officiels indiquent que les véhicules particuliers neufs vendus en Australie émettent relativement beaucoup, mais donnent au moins l’impression d’une amélioration annuelle. L’examen des émissions sur route montre une tout autre réalité.
Selon nos estimations, les émissions des véhicules particuliers neufs vendus en Australie augmentent en fait depuis 2015. Cette tendance s’explique par la hausse de la taille et du poids des véhicules, le recours croissant aux SUV à quatre roues motrices et aux grands pick-up, ainsi que l’absence de normes ou d’objectifs obligatoires.
Les résultats australiens en conditions réelles sont également bien moins bons que ceux des quatre grands marchés. Avant 2016, les émissions australiennes étaient en moyenne supérieures d’environ 20 %. En 2021, elles étaient presque 50 % plus élevées pour les véhicules particuliers.
Quelles conséquences pour les politiques publiques ?
Notre analyse montre que les émissions de CO₂ des véhicules légers neufs australiens, qu’elles soient officiellement déclarées ou mesurées sur route, sont nettement supérieures à celles des autres pays développés. Les données disponibles indiquent que cette mauvaise performance s’aggravera en l’absence de normes obligatoires strictes.
Le point positif est que le gouvernement agit pour remédier à l’absence de norme efficace. Des normes obligatoires seront probablement adoptées cette année. La nouvelle norme d’efficacité énergétique des véhicules doit entrer en vigueur en 2025.
Sa conception devra néanmoins être soigneusement étudiée pour obtenir de véritables réductions des émissions des véhicules neufs.
Le protocole d’essai officiel australien, le NEDC, est notamment dépassé et sous-estime de plus en plus les émissions sur route. Il donne une image déformée et irréaliste, ce qui compromet une réduction efficace des émissions. Le gouvernement affirme vouloir adopter un protocole d’essai plus réaliste.
Les normes devraient également prévoir un suivi embarqué de la consommation de carburant, comme le fait désormais l’Union européenne. Il est essentiel de mesurer l’efficacité énergétique et les émissions réelles des véhicules neufs, puis de rendre ces informations publiques, afin de vérifier que les normes atteignent leurs objectifs. Le dernier rapport gouvernemental n’en faisait pourtant pas mention.
L’Australie aurait dû se doter depuis longtemps d’une norme obligatoire d’efficacité énergétique. Celle-ci peut contribuer à réduire l’écart de performance avec le reste du monde. Encore faut-il s’assurer qu’elle fonctionne.
Robin Smit, professeur associé à l’École de génie civil et environnemental de l’Université de technologie de Sydney
Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.






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